
Le 8 mai 2026, la chanson pétainiste "Maréchal, nous voilà" a été diffusée pendant 2 minutes 30 dans les haut-parleurs de la commémoration de la victoire à Carpentras (Vaucluse). La diffusion a interrompu une cérémonie officielle et provoqué stupéfaction et colère. La radio associative RTV (Radio Territoire Ventoux) reconnaît sa pleine responsabilité dans cette diffusion.
Comment une marche funèbre à la mémoire de la Libération a-t-elle pu virer à cette bévue ? Depuis plusieurs années, RTV assure l'ambiance musicale des cérémonies de la ville.
Pour ce 8‑Mai, le programmateur a puisé dans une playlist Spotify intitulée "Le bal de la Libération". Il s'est appuyé sur la sélection automatique sans vérifier chaque piste : parmi les 120 morceaux retenus se trouvait le chant collaborationniste, que personne n'aurait dû laisser passer.
Alain Giraudi, directeur de la radio, admet l'erreur. "Il y en avait 120, il les a réécoutées pour les corriger, pour qu'elles soient diffusées correctement. Il n'a pas prêté attention, je dirais malheureusement, à ce titre qui n'aurait pas dû passer sur la playlist", explique-t-il.
Le maire RN de Carpentras, Hervé de Lépinau, présent lors des commémorations, affirme l'avoir appris le lendemain matin : "Je découvre ça, absolument stupéfait. Je ne vous cache pas que je n'en ai pas cru mes oreilles au départ."
La municipalité annonce qu'elle va porter plainte. Le choix d'une action judiciaire marque la tonalité politique de l'affaire : dans une ville dirigée par le Rassemblement national, la diffusion d'un chant pétainiste lors d'une célébration républicaine ne peut être réduite à une simple maladresse technique. Le maire entend obtenir des comptes et des garanties pour que cela ne se reproduise pas.
Au‑delà du geste isolé, l'incident pose une question plus large sur le recours aux playlists numériques pour gérer des cérémonies publiques. Lorsqu'on confie à des algorithmes ou à des sélections préfabriquées la mémoire collective d'une nation, la moindre négligence technique peut transformer un hommage en polémique. RTV assume la responsabilité ; la ville, elle, demande réparation et vigilance.
Cette affaire rappelle qu'une erreur de programmation peut avoir la portée d'une provocation. Les commémorations ne sont pas des playlists anonymes : elles exigent une garde attentive, humaine, et parfois un peu de bon sens.