
Le 20 mai, des procureurs fédéraux ont inculpé Raúl Castro pour son rôle présumé dans l’abattage de deux avions en 1996. Castro était ministre de la Défense à l’époque.
L’accusation tombe comme un nouveau clap de tonnerre dans une année où la Maison Blanche a intensifié la pression sur La Havane. Depuis janvier, l’administration Trump a multiplié les sanctions économiques et les déclarations belliqueuses — y compris la suggestion d’une « prise de contrôle amicale » de l’île — tandis que Cuba subit des coupures d’électricité, des pénuries alimentaires et une paralysie économique croissante. Cette campagne combine menaces publiques, blocus affectant l’approvisionnement en énergie, et actions juridiques ciblées.
La diplomatie n’a pas calmé le ton. Le 18 mai, le département d’État a ajouté de nouvelles sanctions contre des agences cubaines clés, dont le ministère de l’Intérieur, la police nationale et la direction du renseignement. Au Congrès, les divisions persistent : le 28 avril, des sénateurs républicains ont rejeté une loi démocrate visant à forcer la fin du blocus énergétique sans l’autorisation du président. Malgré les menaces publiques de Trump — « Cuba est la suivante », a‑t‑on entendu — des responsables américains ont aussi affirmé début mai qu’ils n’envisageaient pas d’action militaire imminente.
Pourtant, entre les éclats, Washington et La Havane ont aussi entamé une diplomatie secrète et compliquée. Des discussions ont eu lieu à plusieurs niveaux : visites de hauts responsables du département d’État en avril, rencontres répétées avec Raúl Guillermo Rodríguez Castro — surnommé « Raúlito » et petit‑fils de l’ex‑dirigeant — et une visite du directeur de la CIA John Ratcliffe en mai. Les Américains ont même offert des dizaines de millions de dollars d’aide humanitaire, deux ans d’accès gratuit à Starlink pour tous les Cubains et une assistance agricole, mais ces offres comportaient des conditions jugées inacceptables par La Havane.
Les Cubains l’affirment haut et clair. Miguel Díaz‑Canel a répété qu’il ne démissionnerait pas et a averti que l’île se préparait à « affronter de graves menaces, y compris l’agression militaire ». À New York, l’ambassadeur cubain auprès de l’ONU, Ernesto Soberón Guzmán, a souligné que les détenus politiques « ne sont pas sur la table de négociation ». Ces phrases cristallisent l’impasse : des offres conditionnelles, des rencontres en coulisses et, parallèlement, une stratégie de pression qui cherche à user le régime sans déclencher un conflit ouvert.
Le paysage reste instable. Entre sanctions, tractations secrètes et poursuites judiciaires contre d’anciens responsables, la relation entre Washington et La Havane se durcit sans dégager d’issue claire.