
Le 4 mai, une cinquantaine de dirigeants européens se retrouvent à Erevan pour la huitième édition de la Communauté politique européenne (CPE). Créé en 2022 à l’initiative d’Emmanuel Macron, ce forum informel sert à parler sécurité, climat, santé et migrations sans le cérémonial de l’UE. Pour la première fois, il se tient en Transcaucasie — et pour la première fois aussi, un leader « extra-européen » est convié : Mark Carney. Selon un diplomate européen, l’invitation a été présentée comme adressée au Premier ministre canadien, signe d’un désir affiché de rassembler des alliés partageant « la défense d’un ordre mondial fondé sur des règles, le droit international et le multilatéralisme ».
L’Arménie se situe entre deux continents, entre deux mers et entre deux guerres. La géographie ne fait pas seulement la carte : elle explique l’urgence. Depuis le retour de Donald Trump à la présidence en 2025, la gouvernance américaine s’est montrée plus unilatérale — illustrée, vendredi dernier, par la hausse des droits de douane américains sur les voitures européennes — et pousse l’Europe à resserrer ses liens avec d’autres partenaires. La présence de responsables venus de tout le continent et la convocation d’un invité hors d’Europe répondent à cette logique : renforcer un front commun face à des ruptures commerciales ou stratégiques.
La CPE en Transcaucasie n’est pas un simple geste symbolique. La région a été partie intégrante de l’URSS et reste, pour Moscou, une zone d’influence majeure. Les Européens entendent « célébrer » l’accord de paix de 2025 entre l’Arménie et l’Azerbaïdjan et accompagner la pacification encore fragile. Concrètement, l’UE organise le 5 mai son premier sommet bilatéral avec l’Arménie, une manière claire de s’ancrer à Erevan au moment où la Géorgie semble s’éloigner du chemin européen qu’elle paraissait vouloir emprunter.
Les enjeux sont doubles : sécuriser un voisin devenu plus stable et créer des corridors de connectivité économique et politique. Les réchauffements récents entre Erevan et Ankara ouvrent un second front d’opportunités : routes, transports et échanges pourraient redevenir viables entre l’Arménie, l’Azerbaïdjan et la Turquie. Pour Bruxelles, il s’agit autant d’encourager la réconciliation que d’empêcher que ces ouvertures ne basculent vers d’autres puissances, au premier rang desquelles la Russie.
La CPE à Erevan a donc un rôle d’accélérateur. Au-delà des communiqués, l’objectif est pragmatique : ancrer l’Arménie vers l’Occident, consolider la paix dans le Caucase et montrer que l’Europe peut encore façonner des équilibres régionaux quand les États-Unis prennent parfois des chemins imprévisibles. Le message est simple, direct et affiché en public : l’Europe mise sur la paix, la connectivité et les règles pour garder de l’influence là où les lignes géopolitiques se recomposent.