
Inverness a beau célébrer chaque été son Festival du Bœuf, un autre rendez‑vous y est devenu systématique — beaucoup moins joyeux: le « festival de la génératrice ». Quand le courant saute, toute la vie du village se convertit en ronron de moteurs et en courses pour sauver de l’eau et des denrées.
MRC de L'Érable, au Centre‑du‑Québec. La municipalité compte un peu moins de 1 000 âmes.
Les chiffres disent l’évidence que les habitants vivent déjà: des centaines de résidences de ce petit village figurent parmi les 5 000 adresses les plus mal desservies au Québec en fréquence et durée des pannes depuis le début de 2026, selon des calculs réalisés en collaboration avec l’Université de Montréal.
« Quand on perd l’électricité, c’est le festival de la génératrice. […] Les gens sont trop habitués aux pannes », résume le maire Gervais Pellerin.
Le conseiller Roger Côté ne mâche pas ses mots non plus: « Chaque année, on a au minimum une bonne panne par mois, été comme hiver. Dès qu’il vente un peu, on se demande si on va perdre l’électricité. Ça crée beaucoup d’anxiété. »
La routine a un coût humain et matériel. Sans réseau d’aqueduc, chaque foyer dépend d’un puits alimenté par l’électricité; tomber dans le noir, c’est aussi perdre l’eau courante.
« Quand ils annoncent une tempête, je remplis toujours cinq ou six chaudières d’eau », dit Rose‑Marie Gagné. Au commerce du village, la propriétaire Jin Xu anticipe les ruptures: « On a toujours beaucoup trop d’eau en inventaire. Quand une panne dure plus que 24 heures, les gens viennent en chercher ici et des fois on en manque presque. »
Entre génératrices automatiques, remplacements d’équipements et pertes de marchandises, certains commerçants et familles ont déjà déboursé des milliers de dollars.
Chez des résidents, l’usure est devenue quasi quotidienne. Luc Breton se souvient d’un été où il a démarré sa génératrice 19 fois: « C’est mon record ! On a un système automatique intégré au panneau électrique ; pas question que j’aille décrocher ça à bras chaque fois. »
Le maire se dit désolé de la résignation ambiante: « J’aimerais recevoir des plaintes et des questions de citoyens par rapport au courant, mais non. Ils ont accepté, au final, que c’est comme ça, vivre à Inverness. »
Face à cette situation, l’espoir se cristallise autour d’un projet de bouclage du réseau proposé par Hydro‑Québec. Selon M. Pellerin, ce bouclage permettrait d’améliorer le service et de réduire significativement les coupures.
Mais en attendant des décisions et des travaux, les Invernessois continuent de vivre au son des génératrices, et d’apprendre à compter l’eau et les heures de lumière comme s’il s’agissait de biens précieux.