
L’océan entre le Canada et l’Europe n’a jamais paru aussi mince. La présence inédite du premier ministre Mark Carney au sommet des dirigeants européens, lundi dernier en Arménie, a transformé une visite protocolaire en déclaration politique : « Nous ne pensons pas être condamnés à nous soumettre à un monde plus transactionnel, insulaire et brutal », a-t-il lancé sans nommer Donald Trump. « C’est ma conviction personnelle profonde que l’ordre international sera reconstruit, mais qu’il sera reconstruit à partir de l’Europe. »
Les réactions européennes ont été immédiates et chaleureuses. Emmanuel Macron a salué une proximité croissante : « Mark […] se sent de plus en plus proche des Européens, parce que nous sommes tous ensemble, et que nous estimons que nous avons besoin de l’être. » La présidente de la Commission, Ursula von der Leyen, a promis d’approfondir ces liens déjà « étroits ».
La presse française et italienne s’en est fait l’écho : Le Point parle d’un « Canadien indispensable à l’Europe », Euronews a souligné les échanges en tête‑à‑tête, pendant que La Repubblica qualifiait d’improbable une adhésion du Canada à l’UE… mais pas impossible.
Le rapprochement n’est pas que symbolique : il repose sur des accords concrets. Le Canada a été le premier pays non européen à signer un accord SAFE sur l’approvisionnement en matériel militaire, fin 2025. L’accord de libre‑échange Canada‑Europe fête son 10e anniversaire cette année.
Ces deux phrases résument la transformation : les liens juridiques et institutionnels se doublent d’un maillage commercial et humain dense.
Pour les spécialistes, la séquence confirme et met en lumière des relations déjà « extrêment étroites ». Sylvain Kahn, du Centre d’histoire de Sciences Po, juge la densité des liens comparable à celle entre États membres de l’UE, et même supérieure à ce que le Royaume‑Uni entretenait avec l’Union avant 2020. Frédéric Mérand, de l’Université de Montréal, voit dans la participation de Carney au sommet un geste « symbolique » qui a marqué les esprits : « Je n’ai jamais autant entendu parler du rapprochement [Canada‑Union européenne] qu’en ce moment. »
Pourquoi Mark Carney ? L’ancien gouverneur de banques centrales a reconfiguré son image en porte‑parole des « puissances moyennes » depuis son discours à Davos, où il appelait ces États à se coaliser pour préserver un ordre international menacé.
Son atout : il est populaire, considéré comme neutre et compatible avec la plupart des positions européennes. Selon ses soutiens, cela permet à des dirigeants parfois impopulaires de se rallier derrière une figure tierce et crédible.
Reste la question de l’après‑photo : le momentum est réel, mais il faudra transformer l’amitié en politiques communes durables. Pour l’heure, l’Europe et le Canada semblent avoir choisi de parler d’une seule voix à l’international — et cela change déjà la donne.
| Critère (selon l'article) | Canada — Union européenne | Royaume‑Uni — Union européenne |
|---|---|---|
| Intensité des relations | Plus resserrée et plus intense | Moins intense (même lorsqu'il était membre jusqu'en 2020) |
| Exemples cités | Accord SAFE (approvisionnement militaire), Accord de libre‑échange Canada‑UE (10e anniversaire), nombreux traités récents | Relations institutionnelles et juridiques moins étendues après le retrait; ancien statut de membre jusqu'en 2020 |