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Ivanka Trump et Jared Kushner : projets en Albanie

Ivanka Trump et Jared Kushner posant côte à côte devant un paysage côtier, en Albanie

Un resort, une colère nationale

Ils voulaient un resort de luxe. Ils ont déclenché une colère nationale. Des milliers d’Albanais manifestent depuis plusieurs semaines contre un projet touristique massif lié au gendre de Donald Trump, Jared Kushner, qui vise des zones protégées du littoral albanais — et laisse flotter plus de questions que de garanties.

Le projet en bref

Jared Kushner et son épouse Ivanka Trump ont annoncé au printemps 2024 leur intention de construire des hôtels de luxe et des villas à Zvernec, dans la région côtière de Vjosa‑Narta, à environ 150 kilomètres au sud‑ouest de Tirana, ainsi qu’un "resort" sur l’île de Sazan, une ancienne base militaire inhabitée. L’investissement annoncé pour Sazan est de 1,4 milliard d’euros. Le Premier ministre Edi Rama a évoqué un projet pouvant atteindre "quatre milliards d’euros" à Zvernec.

Le gouvernement a attribué fin 2024 à Atlantic Incubation Partners LLC — liée au fonds Affinity de Jared Kushner — le statut d’"investisseur stratégique", ouvrant la voie à des procédures accélérées et au soutien de plusieurs ministères. Le bureau du Premier ministre a néanmoins déclaré : « À ce jour, il n'existe aucun accord définitif sur Sazan », rappelant que l’île reste propriété publique et que l’État doit rester partie prenante de tout développement éventuel.

Ombres sur les acteurs et les financements

Les contours financiers restent flous. Affinity Partners a renvoyé vers l’agence de communication P2 Public Affairs, qui a cité Asher Abehsera, présenté comme président de "Sazan Real Estate Development LLC" et gestionnaire du projet "avec de nombreux investisseurs".

Les journalistes n’ont cependant trouvé aucune trace légale de cette société. Les autorités albanaises ont aussi évoqué la présence de copropriétaires qataris, la holding Power International Holding W.L.L.

Ces zones d’ombre alimentent les soupçons : origine des fonds, montage financier, rôle réel de l’État. Beaucoup craignent que des pratiques contournent les règles habituelles, notamment la signature de contrats sans appel d’offres.

Écologie, droit foncier et mémoire

Vjosa‑Narta est une zone protégée abritant de nombreuses espèces — dont des flamants roses devenus symbole des manifestations. Les écologistes réclament la suspension du projet : construire ici, disent‑ils, menacerait des habitats rares et un corridor naturel sensible.

La question foncière aiguise la crise. Après l’abolition de la propriété privée sous la dictature d’Enver Hoxha en 1945, les années 1990 ont laissé des terres occupées sans base légale.

Des milliers de familles revendiquent encore des biens ancestraux ; certaines assurent posséder des parcelles cédées pour le projet. Les litiges agricoles et la douleur historique compliquent tout marchandage immobilier.

Rues en colère, enquête en cours

Les images de bulldozers sur la plage et de barbelés à Zvernec ont enflammé les réseaux sociaux et mobilisé la rue : rassemblements locaux, affrontements avec des gardes privés, puis trois nuits consécutives de manifestations à Tirana. Plusieurs manifestants ont été blessés.

Poussé par la contestation, le parquet spécial anticorruption SPAK a ouvert une enquête sur les changements de statut de la zone protégée, les modalités de signature des contrats et l’origine des fonds. Le SPAK a confirmé l’enquête mais refuse d’en divulguer le contenu. La suite dépendra autant des tribunaux que de la capacité du gouvernement à rendre public ce qu’il sait — et à convaincre que le littoral ne se vendra pas au plus offrant.

Publié le : 5 juin 2026
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