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Judith Magre raconte ses nuits avec Beauvoir et Sartre

Portrait en noir et blanc de Judith Magre, regard vers l’objectif, éclairage doux, fond sombre.

Un pari: fêter ses 100 ans sur scène

Judith Magre souhaite fêter ses 100 ans sur scène. Elle monte chaque lundi sur la scène du Théâtre de Poche, 75 boulevard du Montparnasse (VIe), pour déclamer des poèmes de Louis Aragon aux côtés d’Éric Naulleau.

Une mémoire façonnée dans les coulisses

À quelques mois de cet anniversaire rarissime, la comédienne n’a rien d’une légende figée dans une vitrine : elle parle, rit et joue encore. Chaque répétition, chaque lecture remue une mémoire vivante construite dans les coulisses et les bistrots de Paris. Plus de trois quarts de siècle après ses débuts dans la capitale, elle confie que le théâtre a guidé ses pas et façonné son regard sur la ville.

Paris vécu dans les loges et les bistrots

Paris chez elle, ce n’est pas une carte postale mais une collection d’instants glissants. Elle évoque des loges chauffées, des premières enfiévrées, des mains serrées avant de monter ; et surtout des rencontres qui ont changé son quotidien.

Parmi elles, les soirées où l’on mangeait du jambon entre amis intellos — Simone de Beauvoir et Jean‑Paul Sartre inclus — reviennent comme un clin d’œil : des nuits simples, presque sauvages, où la conversation tenait lieu de festin. Ces confidences rendent palpable une époque où les vies artistiques se mêlaient au gré des cafés et des appartements.

La récitation d’Aragon comme conversation

Le geste de monter sur scène reste pour elle la meilleure façon de tenir le temps à distance. Elle récite Aragon comme d’autres lisent une lettre d’un proche : avec attention, comme si chaque vers reprenait une conversation commencée il y a cinquante ans.

À ses côtés, Éric Naulleau n’est pas seulement un partenaire de plateau ; il est le relais d’une pratique du théâtre qui refuse la commémoration stérile. Le public reçoit cela comme une transmission plutôt que comme une relique.

Le théâtre, nécessité plus que fête

Il y a dans son propos une modestie sans effacement : Magre ne se raconte pas en héroïne, elle raconte le métier. Elle insiste sur le travail — les répétitions, la fatigue, la joie de trouver une réplique — plutôt que sur les lauriers. Et quand elle parle de Paris, c’est avec cette tendresse pointue qui voit la ville à la fois comme un décor et comme une école.

Si elle tient son projet de cent ans sur scène, ce sera moins pour la fête que pour affirmer que le théâtre reste une nécessité. En attendant, chaque lundi au Théâtre de Poche, elle offre un peu de ce désir : tenir parole, parler d’amour, et continuer à faire vivre les mots.

Publié le : 3 mai 2026
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