
À peine vingt‑quatre heures après être devenu le premier président du gouvernement en démocratie à être entendu pour des faits de corruption, José Luis Rodríguez Zapatero reçoit un nouveau revers. Le juge de l'Audiencia Nacional José Luis Calama a décidé d'ouvrir des investigations contre ses deux filles, Alba et Laura Rodríguez Espinosa, ainsi que contre sa secrétaire, Gertrudis Alcázar, à la suite d'une demande du parquet anticorruption formulée mardi dernier. Le magistrat fixera prochainement la date de leurs convocations.
José Luis Rodríguez Zapatero est le premier ancien chef du gouvernement espagnol mis en cause dans une enquête pour corruption. Alba et Laura Rodríguez Espinosa figurent comme administratrices de la société Whathefav, immatriculée en mai dernier. L'enquête, selon le juge, lie objectivement l'opération de cette société au réseau présumé — ce qui justifie leur mise en examen malgré l'absence d'un faisceau de preuves complet à ce stade.
« L'enquête attribue à cette société un rôle instrumental dans la canalisation, la dissimulation ou la facilitation d'opérations pertinentes pour les faits instruits », écrit Calama. Pour le juge, la qualification d'administrateur relie directement une personne aux actes d'une société : « Leur citer comme témoins serait incompatible avec leur position procédurale potentiellement affectée, car cela les obligerait à dire la vérité et leur interdirait de se réserver des informations, compromettant ainsi leur droit de ne pas s'auto‑incriminer. » En clair, les entendre comme simples témoins aurait tourné la procédure contre elles.
Le dossier n'est pas strictement une reprise de l'enquête sur le sauvetage de Plus Ultra : Calama refuse de confondre les objets. Il rejette la plupart des diligences demandées tant par l'accusation populaire unifiée — dirigée par le Parti populaire — que par la défense de Zapatero. Parmi les refus figurent la convocation comme mis en cause de l'ancien ministre José Luis Ábalos, de son conseiller Koldo García et du président de Correos, Pedro Saura, ainsi que la demande d'une mesure conservatoire (caution) visant à couvrir une dette impayée de Plus Ultra.
Le juge a par ailleurs indiqué qu'il avait lui‑même adressé une demande de coopération aux États‑Unis concernant le téléphone de Rodolfo Reyes Rojas, actionnaire de Plus Ultra dont des messages mettent Zapatero en cause, et qu'il ne pouvait statuer sur la requête de l'ex‑président tant que la réponse américaine n'était pas parvenue. Calama caractérise le noyau de l'enquête comme centré sur des « conduites susceptibles de constituer un trafic d'influence » et, le cas échéant, sur des faits de blanchiment liés à des détournements de fonds.
Les prochaines étapes sont procédurales : convocations des mises en examen et examen des réponses internationales. Le juge a estimé, au moins pour l'instant, que l'investigation doit suivre le fil de la structure sociétaire et des communications internes — le bureau et la messagerie de José Luis Rodríguez Zapatero étant désignés comme points nodaux du présumé réseau.