Quand le reproche d'hypocrisie vise Keir Starmer
Le 20 avril 2022, Keir Starmer lançait au Parlement : « Pourquoi le Premier ministre pense-t-il que les actes des autres doivent avoir des conséquences, mais pas les siens ? » Depuis juillet 2024, le Premier ministre se trouve aujourd’hui en position d’entendre ce reproche renvoyé contre lui. Son erreur de jugement — avoir nommé Peter Mandelson ambassadeur à Washington malgré des alertes — a tourné au scandale dès que ses liens avec le multimillionnaire et pédophile américain Jeffrey Epstein ont éclaté.
La nomination controversée et ses retombées
Mandelson, ancien ministre travailliste, a été relevé de ses fonctions quelques mois après sa nomination. Le chef de cabinet Morgan McSweeney, le directeur de la communication Tim Allen, le secrétaire du cabinet Chris Wormald et le secrétaire permanent du Foreign Office, Oliver « Olly » Robbins, ont démissionné. Robbins avait mis de côté un rapport des services de sécurité interne qui s’opposait au poste et utilisé sa prérogative, sans en informer Starmer, pour accélérer la désignation demandée par le Premier ministre.
Un débat politique et moral alimenté par des voix critiques
La réaction est aussi politique que morale. « De la même manière que Starmer est tombé dans le piège de blâmer sans cesse les autres pour ses erreurs, le Parti travailliste ne peut pas continuer à imputer à Starmer sa propre indécision et son manque de direction », observe Tom McTague. Et d’ajouter : « La politique britannique reste convaincue que ceux qui brandissent le couteau ne peuvent ensuite porter la couronne. »
Les reproches sur la direction: carrière, conseillers et ligne politique
Le problème, pour ses détracteurs, n’est pas seulement ce mauvais choix. Starmer est arrivé tard à la politique après une carrière brillante d’avocat des droits de l’homme puis de procureur général ; il a expulsé les corbynistes, promis le retour des « adultes au pouvoir » et juré qu’il n’existait pas de “starmerisme”.
Mais, disent ses critiques, il a laissé gouverner des conseillers comme McSweeney et une ministre de l’Économie — Rachel Reeves — qui ont poussé une ligne austère : suppression puis restitution tardive d’une aide énergétique pour les retraités, menaces puis retrait sur les coupes des indemnités maladie, soutien initial sans nuance à Israël après le 7 octobre puis condamnation contrainte des souffrances à Gaza. « Les politiciens rusés soignent les procédures, mais surtout les personnes », résume Tom Clarke. « La grande révélation de l’affaire Mandelson est que le Premier ministre se trouve dans une situation très dangereuse, faute d’avoir fait ces choses. »
Prétendants, élections locales et pression sur la direction
Les prétendants attendent. Angela Rayner, favorite des syndicats, Wes Streeting, candidat de l’aile droite, et Andy Burnham, maire de Manchester et favori chez nombre de députés et militants, guettent l’effondrement. Starmer a même appliqué les règles à la lettre pour empêcher Burnham de revenir par une élection partielle et de pouvoir briguer la direction. Le 7 mai, élections municipales en Angleterre et dévolues en Écosse et au pays de Galles promettent d’être le thermomètre : tous les sondages annoncent une gifle électorale, avec le Parti vert et Reform UK grappillant des voix.
« Je suis complètement las de tout ça », a déclaré le député Jonathan Brash. « Il ne s’agit pas de savoir s’il doit partir, mais de quand il va partir. » La surface politique semble calme ; sous elle, les courants sont de plus en plus violents.
