
L’intelligence artificielle a transformé le recrutement comme un filtre hyper-performant. Les algorithmes trient les CV, vérifient l’adéquation entre annonce et compétences, et peuvent mener un premier entretien vocal ou vidéo. Pendant ce temps, les candidats configurent des profils de plus en plus travaillés sur des plateformes — de véritables bottes de foin numériques dans lesquelles l’IA aide les recruteurs à trouver l’aiguille qui leur conviendra.
Les algorithmes trient les CV et mènent des entretiens vocaux ou vidéos. La majorité des candidats n’envoient plus de lettre de motivation.
Face à ce basculement technologique, que devient la lettre de motivation ? Pour Anne Duval, directrice des ressources humaines de La Mie câline, la réponse dépend du poste.
« Pour nos vendeurs en magasin, nous recrutons essentiellement sur CV. En revanche, pour les autres métiers, la lettre de motivation reste un différenciateur. Nous prenons le temps de la lire, d’une part, parce que le candidat a fait l’effort et pris le temps de la rédiger, et cela montre sa motivation ; d’autre part, parce qu’elle contient plus d’informations que le CV », dit-elle. Mais elle reconnaît aussi que « dans leur majorité, les candidats n’envoient plus de lettre de motivation. »
Autrement dit : la lettre n’est pas morte, elle s’est déplacée dans l’échelle des priorités. Là où le CV et les tests automatisés donnent un tri rapide, la lettre conserve une valeur humaine — preuve d’un effort, d’un raisonnement, d’un style — que l’IA ne capte pas toujours. Pour des postes à responsabilité ou nécessitant une adéquation fine au projet d’entreprise, cet éclairage personnel peut faire la différence.
En revanche, pour les recrutements massifs ou très opérationnels, la vitesse prime. Les plateformes qui stockent des vidéos, des enregistrements vocaux et des réponses standardisées diminuent le rôle du texte libre. Les candidats qui veulent exister dans ces formats doivent adapter leur discours : concis, ciblé, et lisible par des algorithmes sans perdre leur voix humaine.
La lettre de motivation survit donc, mais transformée. Elle n’est plus seulement une page imprimée jointe au CV ; elle devient un signal parmi d’autres — parfois texte, parfois audio — qui confirme une intention. Les recruteurs technophiles garderont leurs filtres automatiques ; ceux qui cherchent une nuance humaine continueront à lire des lettres.
Entre les deux, le candidat qui comprend son destinataire et met son énergie au bon endroit augmente ses chances. En un mot : la lettre ne disparaît pas, elle change de costume. Qui saura adapter le message au nouveau décor numérique aura l’avantage.