BUENODIA

Les Libanaises en première ligne face à Israël

Femmes libanaises brandissant des drapeaux, rassemblées dans une rue, avec soldats israéliens au loin

Un pont éventré sur la berge

Le pont gît sur la berge, ses entrailles d’acier tordues par l’explosion. Autour, des pelleteuses s’activent entre des bananiers couverts de poussière; le Litani serpente, indifférent. Pour franchir le fleuve aujourd’hui, il faut traverser un no man’s land de gravats — le pont de Qasmieh a été bombardé le 16 avril, puis partiellement dégagé par l’armée libanaise le lendemain pour permettre le passage des civils.

Bombardements et déplacements sur le Litani

Le 16 avril, l’armée israélienne a bombardé le pont de Qasmieh, dernier point de passage opérationnel pour les civils sur le Litani. Depuis le 2 mars, les bombardements ont fait plus de 2 100 morts et 7 000 blessés au Liban, dont 1 355 femmes.

Les voitures passent en file indienne, chargées de matelas et de valises. Parmi les déplacés, beaucoup de femmes, qui poussent les chariots, achèvent le voyage à pied ou halent leurs affaires sous le soleil.

Farida, Touline, 53 ans, vient de Touline, village frontalier. Après 41 jours d’exil, elle espère retourner au foyer malgré une maison détruite: «Je n’attends que ça, de pouvoir rejoindre ma terre et la cultiver», dit-elle, les mollets enflés par la marche.

Les saisons perdues et le travail des femmes

Farida appartient à une génération qui a connu les invasions successives: 1972, 1976, 1982, 1996, l’occupation jusqu’en 2000, la guerre de 2006. Déplacée à nouveau en 2024, elle a cultivé et perdu des saisons; pourtant elle se remettra au travail.

Elle cultive le tabac — la «culture amère» locale — et un potager d’arbres fruitiers: oranges, citrons, avocatiers, pêches, nèfles. «Nous, les femmes du Sud, travaillons dur, plus que les hommes !», lance-t-elle, et elle emmène sa fille universitaire aux champs, gants et chapeau fournis.

La terre comme acte politique et l’alerte humanitaire

Pour ces femmes, planter est politique autant qu’économique. La terre nourrit les familles et, selon Farida, la résistance: «La résistance se nourrit de notre labeur», dit-elle en référence aux mouvements armés qui s’opposent aux incursions Israël. Depuis le cessez‑le‑feu, Israël occupe environ 600 km² du Sud-Liban et a déclaré une «ligne jaune» pour créer une zone tampon «anti‑tanks», rasant villages et champs dans le processus.

Des organisations internationales ont tiré la sonnette d’alarme: la destruction répétée des ponts menace d’isoler des dizaines de milliers de civils au sud du Litani et de priver la population de l’aide, de l’eau et des médicaments, estiment-elles. Sur le terrain, la priorité est simple et immédiate — rouvrir des points de passage sûrs, permettre aux familles de revenir, et laisser les mains, souvent féminines, refleurir les terres. À l’ombre d’une station‑service endommagée, Farida médite: après tant de départs et de retours, planter reste son acte le plus clair — et peut‑être sa façon la plus tenace de résister.

Publié le : 3 mai 2026
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