Une régularisation extraordinaire pour près d'un demi‑million de personnes
Le gouvernement a activé un décret qui ouvre une voie de régularisation extraordinaire pour environ un demi‑million de personnes migrantes sans papiers vivant et travaillant en Espagne. Depuis jeudi dernier, les demandes peuvent être présentées par voie électronique ; depuis lundi, les guichets des Oficinas de Extranjería, certaines antennes de la Sécurité sociale et bureaux de poste accueillent aussi le public. Les conditions sont strictes mais simples sur le papier : entrée en Espagne avant le 1er janvier 2026 (ou au moins cinq mois de résidence continue) et absence de condamnations pénales en Espagne et dans le pays d’origine, attestée par un extrait de casier judiciaire.
Trois portes d'entrée et critères destinés à filtrer
Le décret offre ensuite trois portes d’entrée. Le premier : que la famille du ou de la demandeur(e) réside déjà en Espagne. Le deuxième : disposer d’un contrat de travail ou d’une offre d’emploi.
Le troisième, le plus discuté, consiste à prouver une situation de vulnérabilité — une notion jugée floue par des associations et certains magistrats. Ces critères visent à filtrer, mais dans les démarches administratives, ce sont des vies concrètes qui attendent.
Visages et parcours : Mariuska et la recherche de stabilité
Mariuska, arrivée du Venezuela en novembre 2024, incarne ce face‑à‑face entre règle et réalité. Mère isolée de deux enfants de 15 et 7 ans, elle a fui pour que son fils aîné, autiste, puisse avoir de meilleures chances. Sans permis, elle a travaillé au noir comme femme de ménage puis livreuse ; aujourd’hui elle a une carte rouge d’asile qui lui permet de travailler temporairement.
« Ça a été un vrai soulagement… savoir que je vais pouvoir me régulariser, ainsi que mes deux enfants », dit‑elle. La régularisation lui donnerait surtout accès à la reconnaissance officielle du handicap de son fils, indispensable pour obtenir des aides et des accompagnements scolaires.
Au consulat et sur les chantiers : attentes et démarches pratiques
Aux guichets du consulat du Maroc à Madrid, Mustafá, 41 ans, et Mohamed, 27 ans, attendent leur extrait de casier judiciaire : document obligé pour lancer la procédure. « Je suis venu pour récupérer la feuille de pénal du Maroc, pour bénéficier de la régularisation », explique Mustafá, qui tente d’obtenir la résidence depuis trois ans.
Julio, Bolivien de 28 ans, a eu moins de marge : il est arrivé en décembre 2025 et s’est inscrit au registre municipal le 30 décembre, juste avant la date butoir. Depuis, il a enchaîné emplois irréguliers sur les chantiers et en logistique. « Ma vie changerait beaucoup : je pourrais signer un contrat et travailler légalement », affirme‑t‑il.
Tension politique et une demande simple et pragmatique
La mesure arrive dans un climat politique tendu : certains partis associent à nouveau immigration et délinquance, alors même que la présentation d’un extrait de casier judiciaire est requise. La plupart des personnes concernées, comme Mariuska, répètent une demande simple et pragmatique : pouvoir travailler, contribuer et stabiliser une vie qu’elles ont reconstruite en partant de zéro.
