
Ce matin-là, la rencontre a été aussi glaciale que l’air : sans un mot ni un regard échangé, Jeanne d’Hauteserre et Catherine Lécuyer se croisent et le silence en dit plus que n’importe quelle déclaration, racontant une rupture consommée entre la maire sortante et la candidate investie par Rachida Dati.
Maire du VIIIe arrondissement depuis 2014, Jeanne d’Hauteserre a construit en douze ans une implantation locale et une image de proximité, autant d’atouts qui expliquent sa décision de se présenter en dissidente ; en effet, ce choix n’est pas un épisode secondaire mais un acte politique lourd de sens pour un quartier aussi cossu et attentif à ses repères.
La décision de défier la tête de liste de la droite unie à l’Hôtel de ville vient fracturer la façade que Rachida Dati tente de présenter comme rassemblée : après douze ans de mandat, la maire sortante préfère rompre avec la stratégie imposée d’en haut plutôt que de s’effacer, et ce geste redessine la géographie du pouvoir dans le VIIIe.
Sur le papier, la droite parisienne doit s’unir face au macronisme et à la gauche pour conserver la capitale ; pourtant, dans la réalité quotidienne, ambitions locales et rancœurs personnelles recomposent les alliances arrondissement par arrondissement, et la division dans le VIIIe ressemble moins à un calcul tactique qu’à une cassure intime — visible comme une faille dans un manteau taillé sur mesure.
Pour les habitants, ce bras de fer se traduit par des affiches différentes, des réunions parallèles et, surtout, un message confus au moment du choix ; ainsi, ceux qui cherchaient une alternative claire se retrouvent face à deux offres de droite qui se disputent l’héritage local plutôt que de proposer une ligne unifiée.
Pour Jeanne d’Hauteserre, l’enjeu dépasse la simple gestion municipale : il s’agit de préserver une vision de proximité que la candidate dissidente estime absente de la stratégie centralisée, tandis que pour Rachida Dati et sa tête de liste, l’objectif demeure de composer une alternative crédible à la majorité actuelle de la capitale.
Resteront, enfin, les chiffres et les urnes pour trancher ; néanmoins, avant d’en arriver là, le spectacle est déjà constitué : deux femmes de droite, côte à côte dans la même ville, décidées à ne pas se parler, annonçant une campagne qui s’annonce rude dans un arrondissement où l’image compte autant que les programmes.
La suite se jouera sur le terrain et dans les bureaux de vote, mais ce matin-là le silence a suffi à dessiner une campagne dont les contours promettent d’être aussi tendus que déterminants.