
Le Parti Québécois a déposé une plainte au Directeur général des élections du Québec, accusant le chef du Parti conservateur du Québec, Éric Duhaime, d’avoir largement dépassé le plafond de dépenses lors de l’élection partielle dans Arthabaska. Si ces allégations sont confirmées, M. Duhaime risque jusqu’à cinq ans de privation du droit de voter et d’être candidat.
Le Parti Québécois estime que les dépenses réelles d’Éric Duhaime varient entre 155 392 $ et 237 245 $.
Il avait déclaré 108 500 $, soit 4 200 $ sous la limite autorisée de 112 700 $.
Les soupçons reposent sur plusieurs éléments concrets. Selon le PQ, 4 000 exemplaires de la biographie officielle d.Éric Duhaime, Envers et pour tous, auraient été vendus au candidat par son éditeur au prix de 1,70 $ l’unité — alors que le prix de détail est de 23,25 $ — puis distribués gratuitement lors du porte-à-porte de la campagne. La loi électorale interdit « de réclamer ou recevoir un prix différent du prix courant » pour des biens ou services fournis à un candidat; pour le PQ, ces distributions masquent des dépenses non déclarées.
Autre point soulevé: la location d’une résidence utilisée par l’équipe du PCQ. Cette propriété, mise en vente à 875 000 $, aurait été louée 2 000 $ par mois alors qu’elle est affichée sur le web à 3 000 $ par semaine. Le propriétaire, Yvon Carle, ancien maire de Saint‑Louis‑de‑Blandford, a publiquement appuyé M. Duhaime.
Le PQ affirme aussi que d’autres fournisseurs n’auraient pas facturé l’ensemble des biens et services fournis, ce qui constituerait des sous‑facturations ou des rabais non déclarés. Au total, le parti calcule que les dépenses mal catégorisées, sous‑estimées ou bénéficiant d’un escompte se situeraient entre 46 892 $ et 128 745 $.
Ces révélations tombent après la défaite de M. Duhaime à Arthabaska‑L’Érable : le 11 août dernier, le péquiste Alex Boissonneault a remporté la circonscription avec une majorité de 4 000 voix, privant le chef conservateur d’un siège. Le PQ souligne qu’Éric Duhaime avait lancé sa campagne plusieurs mois avant le scrutin, ce qui, selon eux, pourrait expliquer des dépenses élevées.
Génifère Legrand, directrice générale du Parti Québécois, explique que la plainte vise à « protéger l’intégrité du processus électoral » et demande une enquête approfondie. Contacté, le Parti conservateur du Québec affirme n’avoir « reçu aucune correspondance officielle » d’Élections Québec et n’était pas en mesure de commenter au moment où nous l’avons joint.
L’affaire met en lumière deux enjeux simples : la transparence des comptes de campagne et la limite des moyens en période électorale. Selon le PQ, il ne s’agit pas seulement d’arithmétique, mais de règles du jeu démocratique.