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Patrick Chesnais : « Paris me dégoûte, mais m’excite »

Patrick Chesnais en portrait, veste sombre, regard intense, avec des immeubles parisiens flous en arrière-plan

Un Paris immense et presque inventé

Quand Patrick Chesnais se souvient de ses premières visites chez sa grand‑mère, Paris paraît immense et presque inventée. De la gare Saint‑Lazare au Théâtre de l'Européen, ce sont des images nettes : il se rappelle d'avoir vu Fernand Sardou jouer dans Coquin de printemps, et ce petit garçon se dit, sans le savoir encore, qu'il appartient à cette ville‑là.

Du conservatoire à des voies multiples

À 18 ans, il revient dans la capitale pour intégrer le conservatoire. C'est là que commence sa trajectoire de comédien — une route qui le mène du plateau aux coulisses, puis à la réalisation, et finalement à un retour constant sur scène.

« Lettres d'excuses »: confidences hebdomadaires

Il joue chaque lundi au Théâtre de Poche Montparnasse (VIe) « Lettres d'excuses ». Sur scène, Chesnais n'envoie pas des numéros : il écrit des confidences. Dans Lettres d'excuses, il mêle humour et intimité, prenant le public comme destinataire complice de petites vérités piquantes. Le spectacle tient de la confession et de la causerie — des récits privés emballés dans une diction vive, presque chatterie, qui transforme l'anecdote en moment partagé.

La ville comme personnage, le théâtre comme miroir

Paris traverse ces lettres comme un personnage à part entière. Il l'arpente à vélo ou à pied, la connaît dans ses aspérités et ses excès, et ne s'en cache pas : « elle pue, elle crie, elle salit, mais telle qu'elle est, elle m'excite » — une phrase qui pourrait résumer sa relation contradictoire à la ville. Il aime ses failles autant que ses lumières, et c'est dans ce mélange que naît la tendresse du spectacle.

Le Théâtre de Poche Montparnasse, quartier VIe, devient chaque semaine le lieu où se déploie cette affection compliquée. L'acteur y donne à voir un Paris sans maquillage, avec ses bruits urbains, ses personnages anonymes et ses petites comédies humaines. L'intimité scénique qu'il cultive transforme le quotidien en matière dramatique, et fait de la capitale un terrain à la fois familier et surprenant.

Chesnais garde des habitudes simples : marcher, pédaler, écouter la ville. Ces gestes ramènent à l'origine de son métier — l'observation — et alimentent son écriture comme ses interprétations. Le spectateur sort du théâtre avec l'impression d'avoir reconnu quelque chose de vrai : un souvenir, un voisin, la petite sensation de vivre dans une ville qui ne se laisse pas apprivoiser.

Au fond, son Paris est une déclaration d'amour rugueuse. Il sait l'aimer sans la lisser, et c'est peut‑être pour cela que, sur scène, ses « lettres » touchent. Elles parlent d'un homme et d'une ville qui refusent la complaisance, préférant la franchise brute à l'idéalisation.

Publié le : 18 mai 2026
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