
Déterminée à ne pas abandonner la course, la trentenaire de Reconquête affirme qu’elle ira « jusqu’au bout » : créditée aujourd’hui d’environ 11 % dans les sondages, Sarah Knafo insiste qu’en cas de dépassement du seuil des 10 % au premier tour elle se maintiendra au second et proposera une alliance à la droite. « Je ne suis absolument pas là pour me désister », prévient-elle, et elle ajoute : « Que je sois première ou deuxième, je ferai la même chose : proposer une alliance. La personne qui la refusera fera perdre la droite. »
Le récent sondage met en relief la tension du moment : selon Ifop, Rachida Dati recueillerait 30 % des intentions de vote à Paris, une avance sensible qui alimente déjà les appels au « vote utile ». Le calendrier électoral est d’ailleurs fixé : le premier tour des municipales se tiendra le 15 mars, et le second le 22 mars.
Si Sarah Knafo parvenait à se maintenir au second tour, l’enjeu serait loin d’être symbolique : elle pourrait envoyer des élus au Conseil de Paris et commencer à bâtir une base politique durable, au-delà d’une simple performance médiatique. Cependant, la réalité stratégique rend ce scénario plus rude qu’il n’y paraît, car un maintien isolé peut aussi fragmenter l’électorat de droite au moment où l’union semble la condition pour l’emporter.
En pratique, Rachida Dati s’impose aujourd’hui comme le point d’ancrage de la droite parisienne et se présente comme « la seule à pouvoir battre la gauche », martelant l’importance du rassemblement. Sans citer nommément sa rivale, son discours vise clairement à capter les électeurs de droite et à étouffer la dynamique de Reconquête.
Cette logique de refuge vers la candidate sarkozyste bute toutefois sur un obstacle culturel : l’ADN d’extrême droite du zemmourisme. Malgré une campagne jugée efficace et une progression annoncée dans les sondages, Sarah Knafo peine à convaincre certains électeurs plus bourgeois, attachés à l’idée d’une union des droites sans rupture idéologique.
« Paris est ingagnable si on fait alliance avec Knafo », résume une fidèle de Rachida Dati, et ce propos illustre bien le scepticisme d’une partie de l’électorat de droite à l’idée d’une fusion. Ainsi, la question n’est pas seulement arithmétique : elle touche aussi à l’image et à l’acceptabilité politique d’une alliance.
À moins de deux semaines du premier tour, la candidate de Reconquête tente de maintenir sa dynamique sans se laisser dévorer par l’appel au vote utile. Néanmoins, le temps joue contre elle : si son score venait à être rogné d’ici le 15 mars, l’espoir d’entrer au Conseil de Paris pourrait s’évanouir et la perspective d’une gauche renforcée au second tour deviendrait plus plausible.
De plus, chaque sondage et chaque message public contribuent à façonner les choix des électeurs dans un horizon très compact, ce qui transforme la campagne en un jeu de repositionnements rapides plutôt qu’en une lente construction.
La situation tient désormais du bras de fer : Sarah Knafo brandit son offre d’alliance comme un piège moral — « qui refusera fera perdre la droite » — tandis que Rachida Dati joue la carte du pragmatisme électoral pour rassembler et neutraliser la dissidence. Entre ces deux postures, l’élection se joue autant sur l’ambition personnelle que sur le calcul collectif.
Selon la manière dont ces deux logiques se dénoueront dans les urnes, Paris pourrait bien basculer d’un camp à l’autre, et la capacité à convaincre des électeurs de droite modérés restera sans doute le facteur décisif des jours qui viennent.
Quel que soit le verdict des bureaux de vote, cette séquence illustre à la fois la force d’une dynamique émergente et les limites imposées par le jeu électoral : l’issue dépendra autant des convictions que des stratégies de rassemblement.