
Qui aurait pu imaginer que de simples fouilles archéologiques mèneraient à l'une des plus grandes découvertes du XXIe siècle ? C'est exactement ce qui s'est passé entre 2014 et 2015 sur un ancien terrain agricole de Lavau, dans l'Aube. Cette commune, située au nord de Troyes, avait pour projet de développer une zone commerciale.
Jacques Gachowski, le maire de Lavau, se souvient : « Vu du ciel, on voyait qu'il y avait quelque chose de différent ». Les images aériennes ont révélé un important amas de terre. Rapidement, les archéologues de l'INRAP ont mis à jour une tombe celtique exceptionnelle, celle du Prince de Lavau, datée de 450 avant Jésus-Christ.
« On était stupéfait mais en même temps extrêmement heureux », raconte Marc Sebeyran, maire adjoint de Troyes en charge de la Culture. Lors de précédentes fouilles, des tombes à chars avaient déjà été découvertes. Cependant, celle-ci représente un summum pour une personnalité princière de l'époque. Des milliers de personnes auraient assisté à son rite funéraire.
Bastien Dupuis, archéologue à l'INRAP, évoque l'excitation ressentie lors des fouilles. « En décapant le terrain, j'ai compris qu'on avait affaire à des vestiges inhabituels. » Un grand monument funéraire a été découvert, estimé à 7 000 m², avec une sépulture de 14 m². À l'intérieur, une tête du dieu-fleuve grec Achéloos a été trouvée, révélant l'importance de cette tombe.
Les vestiges de cette période sont dans des états de conservation variés. Certains objets, comme un grand chaudron de bronze, ont été bien préservés. « C'était la pièce principale du banquet qui rassemblait les élites celtiques autour du prince », explique Éric Blanchegorge, conservateur en chef du patrimoine de Troyes.
Un autre objet remarquable est un couteau de cérémonie en fer, restauré dans son fourreau de cuir brodé. « Il lui servait probablement à partager la nourriture », précise-t-il. Malgré la dégradation de certains éléments, des parties de roues de char ont été récupérées pour exposition.
Les recherches sur les objets continuent. « On a pensé aux générations futures en préservant un maximum d'échantillons », déclare Émilie Millet, spécialiste de l'âge du fer. Les études se poursuivent également sur le squelette du prince, qui ne sera pas exposé pour des raisons éthiques.
Valérie Delattre, archéo-anthropologue, souligne l'importance de cette découverte. « C'est une chance incroyable et on est tous conscients d'être responsables d'une forme de transmission », dit-elle. La recherche a permis de dresser une première carte d'identité du prince, révélant des détails fascinants sur sa vie.
Grâce à la collaboration entre l'INRAP et le Centre de Restauration et de Recherche des musées de France, le public pourra découvrir l'ensemble du mobilier princier restauré au musée d'art moderne de Troyes du 24 janvier au 21 juin 2026.
Cette exposition sera l'occasion de présenter 80 objets aubois, complétés par 150 pièces similaires prêtées par d'autres musées. Par la suite, les vestiges de la tombe de Lavau rejoindront les collections du musée des Beaux-Arts et d'Archéologie de Troyes.
La découverte de la tombe du Prince de Lavau est un témoignage précieux de l'histoire celtique. Elle offre un aperçu fascinant de la vie et des rites funéraires de l'époque. Ces fouilles rappellent l'importance de la préservation du patrimoine et de la recherche archéologique pour les générations futures.