BUENODIA

Bamako s’accroche à une normalité malgré l’armée et les djihadistes

Rue animée de Bamako avec passants et motos, soldats en uniforme visibles près d’un carrefour.

Quand la vie quotidienne devient acte de résistance

À Bamako, la normalité ressemble à un acte de résistance. Malgré des explosions et des tirs qui ont secoué la capitale et le centre du pays ce week‑end, Fatoumata est montée à l’autel, vêtue de blanc, le sourire aux lèvres. Pour beaucoup, continuer à faire les courses, aller travailler ou célébrer un mariage relève moins du déni que d’une nécessité quotidienne: sans elle, la vie s’effondre.

Des attaques ciblées et leurs conséquences immédiates

Les attaques ont été les plus graves depuis 2012. Elles ont visé Bamako, la base militaire de Kati, l’aéroport international Modibo Keïta, ainsi que Mopti, Gao et Kidal.

Le ministre de la Défense a été tué dans l’explosion de sa résidence; deux autres hauts responsables ont été grièvement blessés. Les assauts, attribués au groupe jihadiste JNIM et au Front de libération de l’Azawad, ont utilisé artillerie lourde et armes automatiques et abouti à la perte de Kidal, reprise par les Forces armées maliennes et leurs alliés russes il y a seulement quelques années.

Une normalité surveillée par des soldats

Pour les passants, la ville a repris son souffle: marchés pleins, pirogues sur le Niger, écoles et commerces ouverts. Mais cette illusion de normalité est encadrée par l’armée.

«Bamako est sous le contrôle de l’armée», dit le journaliste Amadou Camara: patrouilles constantes, points de contrôle et arrestations de suspects. Sur la route de l’aéroport, une trentaine de militaires masqués fouillaient les véhicules quelques heures après la réouverture du tarmac — la sécurité a un visage lourd et armé.

Divisions sociales, crise économique et répercussions culturelles

La scène est pourtant loin d’être uniforme. Les réactions varient selon l’ethnie et la position sociale. Pour beaucoup de Bambara, majoritaires en ville, la vie continue. Pour les Tuaregs, la peur est omniprésente: Ibrahim Ag Alhassane, qui donne un nom d’emprunt par crainte de représailles, dit ne plus sortir, redoutant lynchages et arrestations arbitraires.

Des organisations de défense des droits humains dénoncent depuis des années violences, détentions et exécutions extrajudiciaires commises par l’armée et ses alliés russes, ainsi que des représailles civiles contre les communautés touarègues. La crise malienne n’est pas qu’un cycle de combats: c’est une fracture sociale et une catastrophe économique.

Le pays de 25 millions d’habitants figure parmi les plus pauvres du monde; quatre MALIens sur dix ne peuvent pas couvrir les besoins de base, plus de deux millions sont en situation de vulnérabilité alimentaire et des milliers font face à des niveaux de faim «catastrophiques». Chaque année, près de 300 000 jeunes entrent sur un marché du travail quasi inexistant; environ 45 000 personnes émigrent et 6 % de la population vit à l’étranger.

Les incidents récents ont aussi affecté des étrangers et la vie culturelle: une délégation espagnole de jurés présents pour le festival Hola Bamako a été confinée à l’hôtel; la troisième nuit du festival a été annulée. Entre peur, solidarité nationale et rancœurs anciennes, Bamako se cramponne à une normalité fragile — tantôt façade, tantôt bouée de survie.

Les Maliens continuent d’enchaîner les gestes simples de la vie pour empêcher que tout bascule.

Publié le : 29 avril 2026
link