Canicule en Île-de-France : près de 2.000 décès en excès, et des oiseaux retrouvés morts à Aubervilliers
Après l’épisode de chaleur extrême de fin juin, l’Île-de-France apparaît comme l’une des régions les plus durement touchées : la mortalité y a fortement augmenté sur une période de 16 jours, tandis que les centres de soins pour la faune sauvage constatent un afflux d’oiseaux en détresse. À l’échelle des quartiers, certains habitants, comme à Aubervilliers, disent retrouver des oiseaux morts dans leur jardin. De quoi rappeler que la canicule ne se mesure pas seulement au thermomètre, mais aussi à ses effets concrets sur la santé et l’environnement.

Une surmortalité nationale inédite depuis 2003
Santé publique France a publié, mercredi 22 juillet 2026, des données provisoires sur l’épisode de canicule survenu du 17 juin au 2 juillet. Sur cette période, 21.674 décès ont été observés en France, soit 36,2% de plus qu’attendu, ce qui correspond à 5.764 décès en excès. Plus de la moitié (56%) de ces excès se concentre sur seulement trois jours (25-27 juin), signe d’un pic brutal.
Ces chiffres restent « non consolidés » à ce stade, un bilan définitif étant attendu à l’automne. Autre point important : il s’agit d’une hausse de la mortalité « toutes causes », qui ne peut pas être imputée avec certitude à la chaleur au moment de la publication. Mais l’ampleur et la dynamique du pic confirment l’impact sanitaire majeur de l’épisode, décrit comme d’une précocité et d’une durée inédites.
Les personnes âgées restent les plus touchées : au moins 3.719 décès en excès concernent les 75 ans et plus (environ les deux tiers). Fait marquant, l’augmentation est aussi observée dès 45 ans et, plus largement, pour toutes les classes d’âge à partir de 15 ans : +979 décès en excès chez les 45-64 ans (soit +55,4% par rapport à l’attendu) et +118 chez les 15-44 ans (+29,6%).
L’Île-de-France particulièrement frappée : 1.999 décès en excès
Pour les Franciliens, un chiffre ressort : pendant ces 16 jours, l’Île-de-France a été particulièrement touchée, avec 1.999 décès en excès. Une donnée marquante, qui place la région parmi les plus impactées.
Cette surmortalité intervient dans un contexte où 98,5% de la population hexagonale a été concernée par la canicule, dans 92 départements, à un moment où les activités scolaires et professionnelles restaient importantes. Autrement dit, l’exposition n’a pas été limitée à une période de vacances : les déplacements, le travail en extérieur, les logements surchauffés et la densité urbaine ont pu accroître les risques, notamment pour les plus fragiles.
Dans les faits, cela se traduit par une vigilance à maintenir au-delà du pic : la chaleur peut déclencher ou aggraver des problèmes cardiovasculaires et respiratoires, mais aussi entraîner une déshydratation ou des coups de chaleur, en particulier chez les personnes âgées, isolées, ou atteintes de maladies chroniques.
À Aubervilliers, des oiseaux retrouvés morts : un signal local des effets de la chaleur
À une échelle très locale, les conséquences se voient aussi dans les jardins. À Aubervilliers (Seine-Saint-Denis), un habitant explique avoir retrouvé successivement plusieurs oiseaux morts, jusqu’à en découvrir un quatrième le mercredi 15 juillet 2026, dans un jardin d’environ 70 m². De l’autre côté de la clôture, un voisin dit en avoir dénombré au moins deux en quelques jours. L’hypothèse avancée par les riverains est celle d’un effet de la chaleur, alors même que le troisième épisode caniculaire de l’année venait de s’achever.
La Ligue pour la Protection des Oiseaux (LPO) en Île-de-France parle d’une phase « destructrice », en soulignant que ces situations ne sont pas isolées. Les centres de soins de la faune sauvage constatent une hausse des oiseaux en détresse depuis les épisodes caniculaires. Parmi les espèces particulièrement concernées : les martinets, qui nichent sous les toits. En période de fortes chaleurs, les températures sous toiture peuvent grimper très haut, et les jeunes, normalement capables de s’envoler mi-juillet, peuvent être contraints de quitter le nid trop tôt, faute de ressources, parfois sans être prêts.
Le centre de soins de Faune Alfort a notamment fait face à un afflux massif de martinets lors de la canicule précédente. Plus largement, la fragilité de certaines espèces est déjà connue : la population de martinet a diminué de 65% en Europe en vingt-cinq ans. Les centres de soins, eux, voient leurs prises en charge augmenter : sur la même période, Faune Alfort est passé de 4.900 animaux accueillis l’an dernier à plus de 6.000 cette année.
Ce que vous pouvez faire en Île-de-France : gestes utiles (personnes fragiles et faune)
Pour les proches vulnérables : la surmortalité observée rappelle l’importance de la prévention, en particulier pour les 75 ans et plus, mais aussi dès 45 ans. Concrètement, les bons réflexes restent simples : s’hydrater régulièrement, éviter les sorties aux heures les plus chaudes, rafraîchir son logement dès que possible, et surtout prendre des nouvelles (et vérifier l’état de santé) des personnes isolées. Si un épisode de chaleur revient, ces gestes peuvent faire la différence, car le risque grimpe très vite lors des pics sur quelques jours.
Pour les oiseaux en ville : la LPO recommande de mettre à disposition des points d’eau (par exemple une écuelle peu profonde). Point clé en zone urbaine francilienne : changer l’eau tous les jours pour limiter la prolifération des moustiques, notamment le moustique tigre. En revanche, il est déconseillé de nourrir les oiseaux en été : à cette saison, ils se nourrissent plutôt d’insectes, et une alimentation inadaptée peut les perturber.
À l’échelle d’un balcon, d’une cour d’immeuble ou d’un jardin, ces gestes sont parmi les rares mesures immédiates accessibles aux habitants, alors que les épisodes caniculaires se répètent et que leurs effets — sur la santé humaine comme sur la faune — ne s’arrêtent pas forcément avec la baisse des températures.
Sources
- ICI Paris — Canicule : plus de 5.700 morts en juin, une surmortalité jamais observée en France depuis l'épisode de 2003
- 20 Minutes IDF — Canicule : Avec 5.764 morts excédentaires en juin, la surmortalité a été « inédite » pour tous les âges
- actu.fr IDF — "J'ai trouvé quatre cadavres dans mon jardin" : avec la canicule, les oiseaux tombent comme des mouches en Île-de-France
Synthèse réalisée par la rédaction Buenodia à partir des sources citées ci-dessus.