
Montréal devait briller pour le printemps. Trois semaines après le lancement officiel du grand ménage, la réalité est moins reluisante : plusieurs arrondissements n’ont même pas fait le quart du travail et les détritus restent visibles dans de nombreux quartiers.
Sur l’avenue Bourbonnière, dans Hochelaga‑Maisonneuve, deux journalistes ont mis quinze minutes pour remplir deux sacs à ordures. Résultat : un bâton de hockey, une étoile de sapin, une tuque, un gant, des bas‑culottes, des mégots et surtout des centaines de contenants alimentaires jetés au hasard. « C’est dégueulasse, ce n’est pas normal qu’une ville comme Montréal soit sale comme ça », s’indigne Gladys Comfort Adjei. Quelques pas plus loin, André Noirjean accuse le ramassage bihebdomadaire en hiver : « C’est chiant… une semaine, j’avais oublié et j’avais deux sacs d’extra. »
En date du 15 avril, dans Mercier–Hochelaga‑Maisonneuve, c’est 5 % des rues et 15 % des trottoirs qui avaient été nettoyés. D’autres arrondissements affichent des chiffres tout aussi modestes : environ 10 % au Sud‑Ouest, 20 % à Villeray–Saint‑Michel–Parc‑Extension et à Verdun, et 30 % à Rosemont–La Petite‑Patrie. La convention collective des 6 000 cols bleus de la Ville est échue depuis le 31 décembre 2024, et une grève de trois jours la semaine dernière a aussi ralenti les opérations, selon l’opposition.
La Ville assure pourtant avoir lancé le ménage plus tôt que sous l’ancienne administration de Valérie Plante, avec « des équipes plus nombreuses » et des déploiements prolongés. Guillaume Rivest, porte‑parole, invoque la météo : le froid et la pluie ont « limité l’utilisation de l’eau pour des raisons de sécurité et de protection du matériel ».
L’arrondissement de Mercier–Hochelaga‑Maisonneuve évoque les mêmes retards. De leur côté, certains résidents défendent la collecte moins fréquente de novembre à mai : un rapport publié en juin dernier note une baisse de 8 % à 13 % des ordures ramassées selon les secteurs, mais une hausse de 28 % à 38 % des résidus alimentaires collectés.
Le désappointement est palpable. Pierre McCarthy, qui habite Hochelaga‑Maisonneuve depuis l’enfance, se dit « découragé » et questionne l’équité : « Je ne sais si c’est parce que c’est un quartier plus défavorisé qu’ils en font moins ? » Pour d’autres, le problème tient aussi au comportement : « Les gens ne font pas attention, ils jettent tout n’importe où », souligne Stéphane Bécuwe.
La propreté n’est plus qu’un enjeu local : elle pèse sur l’image touristique. Un sondage de Tourisme Montréal place le manque de propreté en tête des sources d’insatisfaction des visiteurs, devant la circulation et le stationnement.
Parmi les 6 % de visiteurs mécontents, 30 % pointent la saleté, soit une hausse de 12 % par rapport à l’an dernier. Yves Lalumière, PDG de Tourisme Montréal, rappelle que la saison débutera plus tôt cette année avec le Grand Prix de Formule 1 à la fin mai. Montréal doit se montrer propre et prête, prévient‑il — le temps presse.