Transports 27 septembre 2026

Neuilly-Plaisance bloque des travaux liés à la ligne 15 Est : le Grand Paris Express sous tension

Chabe01 / Wikimedia Commons (CC BY-SA 4.0)

Un chantier technique, un conflit très concret. À Neuilly-Plaisance (Seine-Saint-Denis), un désaccord sur la remise en état de la voirie menace de gripper une étape indispensable au Grand Paris Express : l’enfouissement d’un câble électrique destiné à alimenter deux tunneliers de la future ligne 15 Est. Le maire, Christian Demuynck, a décidé d’attaquer en justice l’arrêté préfectoral autorisant les travaux et dit vouloir aller plus loin si nécessaire. Dans un territoire déjà fortement sollicité par les travaux, l’affaire cristallise une question sensible pour les habitants : qui paie, et à quel niveau, la réparation des rues après un chantier d’intérêt régional ?

Un câble de 3,1 km, maillon discret mais essentiel de la ligne 15 Est

Le point de départ du bras de fer est un chantier conduit par Enedis : l’enfouissement d’un câble de 3,1 km. Objectif : alimenter les deux tunneliers qui doivent creuser, à compter de 2027, deux tronçons de la future ligne 15 Est du Grand Paris Express.

Sur le papier, il ne s’agit pas d’une station ou d’un tunnel visible, mais d’une infrastructure indispensable au lancement des phases de creusement. Pour les riverains, en revanche, ce sont des conséquences très tangibles : rues ouvertes, circulation perturbée, nuisances et, surtout, état de la chaussée une fois les tranchées refermées.

Ce que réclame la mairie… et ce que répond Enedis

Le maire de Neuilly-Plaisance, Christian Demuynck (DVD), refuse que les travaux se poursuivent sans engagement sur une réfection complète de la voirie après chantier. Il estime que sa commune ne doit pas rester avec des rues dégradées pendant qu’un projet « de plusieurs milliards d’euros » avance à l’échelle francilienne.

Dans ce dossier, deux lectures s’opposent :

  • La position du maire : pas question d’accepter une simple remise en état ponctuelle. Il souhaite une réfection globale des rues concernées et dénonce le risque que les habitants — les « Nocéens » — finissent par payer une remise en état plus ambitieuse.
  • La position d’Enedis : l’entreprise indique qu’elle s’engage à remettre systématiquement en état la voirie concernée par les travaux, mais précise qu’elle n’est pas tenue d’exécuter une réfection allant au-delà de la simple remise en état.

Autrement dit : tout le monde parle de « remise en état », mais pas avec la même définition. C’est là que se loge le conflit, avec un risque de blocage opérationnel.

Arrêté de substitution, médiation en échec : pourquoi le dossier s’enlise

Le différend ne date pas de septembre. En juillet 2026, le maire avait déjà refusé de publier un arrêté de prolongation des travaux. Face à l’impasse, le préfet de la Seine-Saint-Denis, Julien Charles, a pris un mois plus tard un arrêté de substitution pour autoriser la poursuite du chantier.

La commune a vécu cette décision comme un « passage en force ». Dans la foulée, une médiation a été engagée par la préfecture pour trouver un compromis. Début septembre, le préfet disait encore croire à une issue, en soulignant un objectif partagé autour de l’avancée du Grand Paris Express.

Mais, quelques semaines plus tard, le ton est plus prudent : la préfecture reconnaît que la médiation n’a pas abouti et indique rester attentive, souhaitant « dans l’intérêt général » que la situation ne dure pas, que les travaux puissent reprendre et que le dialogue soit rétabli entre la commune et Enedis.

C’est dans ce contexte que le maire a annoncé, vendredi 18 septembre 2026, le dépôt d’un recours en justice visant à attaquer l’arrêté préfectoral autorisant les travaux. Il affirme aussi étudier d’autres voies de recours, « y compris au pénal », pour obtenir réparation.

Ce que ça change pour les Franciliens : calendrier, nuisances et effet domino

Pour les habitants de Neuilly-Plaisance, l’enjeu immédiat est simple : la qualité des rues après travaux (revêtement, durée des dégradations, éventuels coûts indirects pour la commune). Le dossier touche aussi à la cohabitation entre chantiers métropolitains et gestion locale : lorsque les travaux s’étalent, la perception d’un « reste à charge » en nuisances devient un sujet politique.

À l’échelle francilienne, le risque est celui d’un effet domino. L’alimentation électrique des tunneliers est un prérequis à certaines phases du projet : si le chantier du câble est ralenti, contesté ou interrompu, c’est potentiellement une partie de la préparation de la ligne 15 Est qui peut être contrariée, même si le calendrier exact d’impact n’est pas chiffré dans les éléments publics évoqués.

Enfin, ce type de conflit est observé de près par d’autres communes concernées par des travaux du Grand Paris Express : il pose une question récurrente de gouvernance locale — jusqu’où va l’obligation de remise en état, et où commence la « réfection complète » attendue par les riverains ?

Infos pratiques : ce qu’on sait (et ce qu’on ne sait pas encore)

Ce qui est acté :

  • Le chantier contesté concerne l’enfouissement d’un câble de 3,1 km à Neuilly-Plaisance, lié à l’alimentation des tunneliers de la ligne 15 Est.
  • Le maire a annoncé un recours en justice le 18 septembre 2026 contre l’arrêté préfectoral autorisant les travaux.
  • La préfecture reconnaît que la médiation a échoué et dit souhaiter une reprise du dialogue et des travaux « dans l’intérêt général ».

Ce qui reste incertain à ce stade :

  • Le calendrier précis d’éventuels retards, s’il y en a, sur la préparation de la ligne 15 Est.
  • Le périmètre exact des rues concernées et le niveau de réfection qui pourrait faire l’objet d’un accord.
  • La suite donnée par le tribunal administratif et les éventuelles autres procédures évoquées par le maire.

Pour les habitants, le point clé à surveiller dans les prochaines semaines sera la capacité des parties (commune, Enedis, préfecture) à renouer un compromis sur la remise en état de la voirie, afin d’éviter un blocage durable d’un chantier présenté comme indispensable à l’avancée du Grand Paris Express.

Sources

Synthèse réalisée par la rédaction Buenodia à partir des sources citées ci-dessus.