Un tableau mi‑figue mi‑raisin : l’alerte des DPJ
Un tableau mi‑figue mi‑raisin. Les directions de la protection de la jeunesse (DPJ) du Québec tirent la sonnette d’alarme : les signalements n’explosent pas partout, mais les situations sont de plus en plus complexes et le système reste « sous pression ».
Chiffres régionaux et panorama provincial
La DPJ de la Capitale‑Nationale a reçu 10 859 signalements en 2025‑2026, soit une baisse de 1,8 %; 3 398 d’entre eux ont été retenus pour évaluation approfondie. Par contraste, la Chaudière‑Appalaches a vu les signalements grimper de 13 % à 8 901, dont 2 473 ont été retenus. Au niveau provincial, 144 321 signalements ont été traités, contre 142 285 l’année précédente; 27,5 % ont été jugés nécessiter une intervention.
Facteurs sociaux, témoignages et pression sur les foyers
Les DPJ pointent une dégradation du quotidien des enfants : pauvreté, insécurité du logement, et une santé mentale fragilisée par un climat social anxiogène et l’omniprésence des réseaux sociaux. « Les conditions de vie des enfants se dégradent et leur qualité de vie se fragilise », résume Marie‑Noëlle Granger, de la DPJ Laurentides.
Pour Lesley Hill, directrice nationale, la pression sur les foyers est tangible : « 60 % des parents considèrent que prendre soin de leur enfant demande plus de temps et d’énergie qu’ils ont ». Elle ajoute : « le fait de ne pas être capable de se nourrir et de se loger en même temps, et de devoir choisir entre les deux, imaginez le stress parental que ça peut créer. »
Motifs retenus, délinquance juvénile et appel à la prévention
Les motifs de signalement retenus dans la Capitale‑Nationale sont clairs : exposition à la violence conjugale, abus physiques et risques sérieux de négligence. Les DPJ insistent sur un constat : la loi et les recommandations (comme celles de la Commission Laurent) sont en place, mais il manque des services de première ligne pour intervenir assez tôt. Sans plus de prévention et d’accès aux ressources communautaires, beaucoup de familles n’atteignent la DPJ qu’une fois la situation déjà très détériorée.
En parallèle, la délinquance juvénile augmente : 10 507 jeunes ont reçu des services en vertu de la Loi sur le système de justice pénale pour les adolescents (LSJPA), une hausse nationale de 4,1 %. L’augmentation est particulièrement marquée chez les filles de 14‑15 ans (+9,5 %) et chez les garçons de 16‑17 ans (+6,4 %). Les infractions les plus fréquentes chez ces jeunes sont les voies de fait (2 792 cas; 21,7 %), puis le manquement à une ordonnance ou condition (1 608; 12,5 %), le vol (1 233; 9,6 %) et la profération de menaces (1 191; 9,2 %).
Pour les DPJ, la solution ne tient pas qu’à davantage d’enfants pris en charge : il faut rabattre les filets avant la chute — garderies, écoles, organismes communautaires et citoyens ont tous un rôle à jouer pour repérer et soutenir les familles avant l’irréparable.
