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Québec dénonce les « tactiques de peur » de Toronto

Québec : François Legault en conférence de presse, drapeaux du Québec et du Canada derrière lui

Allégations d'une campagne de peur ciblant Montréal

Une campagne de peur? C’est l’accusation qui agite Québec depuis jeudi : des promoteurs de Toronto auraient brandi la menace d’un référendum et d’un gouvernement péquiste pour torpiller la candidature de Montréal au siège de la future Banque de la défense, de la sécurité et de la résilience (Banque DSR). Devant les caméras, la première ministre Christine Fréchette a botté en touche : « Moi, je n’embarque pas là‑dedans, on a tout ce qu’il faut pour se positionner. »

Le ministre des Relations canadiennes, Jean Boulet, a été plus tranchant : « On n’embarquera pas dans une campagne de peur. » Au cœur des critiques, des députés de l’opposition estiment que Toronto s’appuie sur une instabilité politique hypothétique pour rabattre des voix contre Montréal. « C’est sûr que Toronto est toujours gagnant quand le Québec se divise », a renchéri Christopher Skeete, ministre des Relations internationales du Québec.

Qui est candidat et pourquoi la Banque DSR?

Le Canada a été choisi pour accueillir le siège de la Banque DSR à l’issue d’une rencontre tenue du 23 au 26 avril à Montréal avec des représentants de 18 États. Plusieurs villes — Montréal, Toronto, Vancouver et Ottawa — sont encore en lice pour héberger l’institution.

La Banque DSR n’est pas une simple chimère : il s’agit d’un mécanisme international de financement de la défense destiné à réduire les coûts d’emprunt pour les dépenses militaires et à soutenir les entreprises du secteur. Le gouvernement fédéral précise qu’elle offrira « des avantages pour les gouvernements membres et les entreprises, plus précisément les petites et moyennes entreprises », tout en renforçant la coopération entre alliés partageant des vues similaires en matière de sécurité.

Réactions des partis et arguments invoqués

Sur le terrain politique, la mêlée est vive. Le chef de l’opposition libérale Marc Tanguay admet qu’un référendum pourrait créer une « instabilité économique », mais il a exhorté Toronto à cesser ces tactiques qui « n’ont pas leur place ».

Du côté de Québec solidaire, le co‑porte‑parole Sol Zanetti rappelle que « Montréal a tout pour accueillir n’importe quelle organisation et elle n’a rien à envier à Toronto ». Pascal Paradis, du Parti québécois, accuse quant à lui des « arguments de peur » fabriqués de toutes pièces.

Retombées économiques, précédents et enjeux symboliques

Les retombées économiques annoncées ajoutent de la pression : la première ministre avait évoqué la semaine dernière « 3 000 emplois potentiels » si Montréal obtenait le siège. Isabelle Hudon, négociatrice en chef du Canada pour la Banque, a préféré tempérer ces chiffres et a refusé de confirmer un tel nombre lors d’une entrevue à Radio‑Canada. Rappel historique : en 2017, Montréal avait déjà été battue par Toronto pour le siège de la Banque fédérale des infrastructures, une « défaite amère » selon la Coalition avenir Québec.

La course n’est pas que logistique; elle est politique et symbolique. Héberger la Banque DSR, c’est attirer des emplois, du prestige et des leviers d’influence sur la scène internationale — voilà pourquoi la bataille entre villes canadiennes promet d’être féroce.

Publié le : 8 mai 2026
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