
La fin des travaux parlementaires, hier à Québec, a ressemblé à un coup d’envoi officieux : les autobus ronronnent déjà, les chefs aiguisaient leurs messages. Le Parti québécois est en tête depuis plus de deux ans. Autour de cette avance s’organise une bataille serrée pour convaincre que chacun peut être crédible… ou dangereux.
Paul St‑Pierre Plamondon tient la barre du PQ et s’est montré maître de son destin, mais pas à l’abri des faux pas. En séance, il a comparé le financement du PLQ à du « crime organisé », une formule qui le fragilise plus qu’elle ne le renforce. Il présente un projet d’indépendance détaillé, mais l’option ne décolle pas : il doit vendre la souveraineté sans l’assommer, et surtout construire une équipe de candidats assez forte pour donner l’impression que le PQ est déjà gouvernement.
Christine Fréchette accélère comme si l’horloge lui rappelait qu’elle a peu de temps. Depuis la formation de son cabinet, elle empile les annonces et les rencontres pour prouver qu’elle a l’étoffe d’une première ministre et qu’elle n’est pas seulement de passage. Sa stratégie consiste à couper franchement avec l’héritage de François Legault, quitte à insister sur le changement après huit ans au pouvoir; elle bénéficie d’un certain doute favorable malgré les révélations sur la filière batterie initiée par son prédécesseur. Reste la question du renouvellement : où sont les visages neufs de la CAQ pour concrétiser cette rupture?
Charles Milliard et le Parti libéral pataugent un peu. Des reculs dans les sondages et une impatience interne obligent le chef à se dévoiler plus vite. Quand il aborde la langue, il donne l’impression de jouer avec des bâtons de feu : il promet un plan « meilleur » que celui du gouvernement, sans détailler comment il évitera d’aliéner sa base anglophone. Il a présenté des candidats de qualité, mais les électeurs attendent des idées claires, pas des communications par éclats.
Éric Duhaime a connu des hauts et des bas : il a attiré Maïté Blanchette Vézina dans son camp, mais n’a pas su transformer cet acquis en élan durable. Il multiplie les déplacements — y compris à l’Ouest canadien — et tente sa chance en Bellechasse, où il risque d’apparaître comme un parachuté. Son image de « gros bon sens » a souffert quand son groupe a menacé de bloquer l’interdiction de vente de boissons énergisantes aux jeunes ados : peu rassurant pour qui cherche de la cohérence.
Ruba Ghazal figure aussi sur la scène politique, mais son état de force n’était pas détaillé dans le compte rendu fourni ici. La campagne s’annonce courte et nerveuse : chaque chef cherche à transformer l’instant en crédibilité durable.