Une condamnation prononcée pour des faits d’antisémítisme à Paris 1
Une étudiante de Paris 1 Panthéon‑Sorbonne a été condamnée vendredi à quatre mois de prison avec sursis pour des faits d’antisémítisme après avoir exclu plusieurs camarades d’un groupe de discussion sur Instagram. Le tribunal correctionnel de Paris l’a reconnue coupable de « harcèlement scolaire, aggravé par un motif discriminatoire tenant à l’appartenance de la victime à la religion juive, à l’égard de l’une des trois étudiantes exclues » et l’a relaxée pour les deux autres.
Les échanges sur le groupe Instagram créés le 15 septembre 2025
Le 15 septembre 2025, cette étudiante, en première année de licence d’économie, avait créé un groupe Instagram destiné aux échanges entre promotions et en avait chassé trois personnes. « S’il y a d’autres sionistes dans ce groupe en plus de ceux que j’ai déjà ‘tej’, vous pouvez d’ores et déjà le quitter, on veut pas de vous ici. Pareil pour les racistes de manière générale », écrivait‑elle, ponctuant son message d’un émoji drapeau palestinien. Elle a expliqué à l’audience qu’elle avait d’abord exclu une personne parce qu’elle suivait des « comptes militaires pro‑israéliens » et qu’elle voulait « préserver la sérénité » du groupe; voyant cette personne réintégrée puis une autre ajoutée, elle a décidé de supprimer les trois.
Le raisonnement des juges et le réquisitoire du parquet
Le tribunal n’a pas cru à une volonté purement virtuelle de «faire le tri» : selon les juges, l’emploi du mot « sioniste » plutôt que « juif » relevait d’une volonté de minorer sa responsabilité, alors que les propos visaient la judéité supposée de l’une des victimes. Le parquet avait requis en février dix mois de prison avec sursis. L’étudiante avait été temporairement exclue de l’université avant d’être réintégrée en novembre par une commission disciplinaire.
Peines, stages et indemnisations décidés par la justice
Outre la peine de prison aménagée, la condamnation comprend une amende de 800 euros et l’obligation d’effectuer un stage de deux jours au Mémorial de la Shoah. Elle devra aussi indemniser, à deux reprises, l’étudiante visée, l’université et la Licra (Ligue internationale contre le racisme et l’antisémitisme). Les associations CHAR (Contre la haine, l’antisémitisme, le racisme) et l’Union des étudiants juifs de France (UEJF), parties civiles, ont été déclarées irrecevables.
Les questions que soulève l’affaire pour la liberté d’expression entre pairs
Le dossier laisse flotter les mêmes questions qu’ailleurs : jusqu’où va la liberté d’expression quand elle devient exclusion ciblée sur des critères religieux, et quelle réponse la justice doit‑elle apporter pour protéger des étudiantes dans des espaces numériques entre pairs ? Le tribunal a choisi une sanction mêlant répression, réparation et formation obligée — une tentative de convertir une punition en leçon.
