
Un informaticien de 47 ans sera jugé le 7 juillet devant le tribunal de Paris, accusé d’avoir dirigé CFake, un site consacré aux deepfakes sexuels qui, selon le parquet, a diffusé des centaines de milliers de faux explicites. La procureure Laure Beccuau a précisé que la plate-forme, créée en 2007, mettait en ligne « plus de 300 000 images et 7 000 vidéos », ajoutant environ 50 nouveaux fichiers par jour, pour quelque 200 000 comptes utilisateurs et près de 4 millions de vues par mois.
Le site proposait des contenus ultra-réalistes, souvent à partir de photos retouchées, et permettait de trier par étiquettes explicites — « rape », « forced », « degradation », « slave » —, selon les autorités américaines qui ont saisi les domaines CFAKE.com et SOCFAKE.com le 12 juin. Ces saisies ont été menées sous l’autorité d’un juge fédéral américain et au titre du TAKE IT DOWN Act, une loi fédérale qui punit la publication de faux numériques à caractère sexuel sans le consentement des personnes représentées.
L’affaire dépasse les frontières. L’enquête, conduite de concert entre la France et les États-Unis avec l’aide d’Italie, a recensé 14 000 victimes présumées « originaires de tous pays ». Le serveur hébergeant le site se trouvait aux États-Unis, ce qui a permis aux enquêteurs américains de développer des éléments qu’ils ont partagés avec leurs homologues français via la Convention de Budapest sur la cybercriminalité. Le parquet souligne que le mis en cause, domicilié à Nice, était jusque-là inconnu de la justice.
« Ces saisies ont stoppé un site qui se livrait au trafic d’humiliation, d’exploitation et à la violation de la vie privée à grande échelle », a déclaré le procureur américain Robert Frazer au sujet de l’opération. L’usage de la nouvelle loi américaine marque, selon les autorités, une étape : c’est la première saisie de domaines opérée au titre du TAKE IT DOWN Act. Les documents judiciaires indiquent en outre que des responsables italiens avaient d’abord alerté les enquêteurs américains sur l’existence du site.
À Paris, la Gendarmerie nationale et la section cybercriminalité du parquet ont repris le dossier et préparent le procès du 7 juillet. Les victimes recensées sont nombreuses et dispersées ; leurs photos ont été manipulées pour créer des scènes sexuelles non consenties. Le procès vise à déterminer la responsabilité pénale de l’administrateur du site et, plus largement, à tester la capacité des États à faire appliquer la loi contre la diffusion massive de deepfakes sexuels.