
Un petit groupe de touristes s'arrête au croisement de la rue Saint‑Honoré et de la rue de l'Arbre‑Sec, au cœur du Ier arrondissement. Le guide désigne la Croix du Trahoir : une vieille fontaine au masque moustachu qui, jusqu'au XVIIe siècle, a été témoin d'exécutions et de supplices. Aujourd'hui, elle crache de l'eau — mais à l'ombre de la pierre, une autre histoire se joue.
Adossée à la fontaine, une tour du XVIIIe siècle — la "Tour 111" — voit son avenir remis en question ces dernières semaines. Ce n'est pas une querelle patrimoniale abstraite : la tour abrite des ateliers et des studios, un micro‑écosystème de création que des artistes veulent préserver. Maïlys Lamotte‑Paulet, plasticienne de 34 ans et présidente de l'association Paris Centre Art, le résume sans détour : « Notre combat, c'est de pouvoir garder ce type d'espaces dans le centre de Paris. »
La bataille a pris une forme publique. Plus de 300 artistes ont signé une tribune dans Libération pour soutenir la vocation culturelle de la Tour 111 et alerter sur la disparition progressive des lieux autonomes de création en centre‑ville. Pour eux, ce n'est pas seulement une question d'adresse : c'est la survie d'un maillage artistique fragile, impossible à reconstruire ailleurs une fois dissous.
Ce conflit concentre des enjeux familiers de la métropole : patrimoine, tourisme et gentrification se croisent là où la ville est la plus dense. D'un côté, des bâtiments historiques qui racontent la violence et les usages passés ; de l'autre, des activités contemporaines qui font vivre ces pierres. Entre les deux, la décision qui sera prise sur la tour déterminera ce que Paris choisira de protéger — ses vitrines pour visiteurs ou ses ateliers pour créateurs.
La Croix du Trahoir est une fontaine classée monument historique. Plus de 300 artistes ont signé une tribune dans Libération pour défendre la Tour 111.
L'issue reste ouverte. Si la municipalité cède du terrain à la logique du marché, les lieux comme la Tour 111 risquent de se faire rares. Si elle confirme leur utilité, le centre de Paris gardera quelques respirations où l'art se fabrique, mal et beau, loin des parcours touristiques. Pour l'instant, touristes et passants regardent la fontaine et ne voient peut‑être pas qu'à ses pieds se joue une décision symbolique sur l'âme de la ville.